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Soutenance de thèse Noémie BAULANDE « Du bilinguisme à la variation diaphasique : vers une approche intégrée de l’accès lexical - Etude expérimentale de la transversalité des mécanismes de contrôle des langues »
Résumé : Comprendre comment les multilingues régulent l’accès à leurs langues au gré des situations a motivé le développement de nombreux modèles de contrôle langagier, et constitue un enjeu central des travaux actuels sur la cognition bilingue. La variation diaphasique oblige également les locuteurs à des adaptations contextuelles constantes, et les mécanismes régulant la compétition lexicale bilingue pourraient en ce sens présenter un réel intérêt pour la gestion de variétés intralinguistiques. Pourtant, l’éventuelle transversalité des mécanismes de contrôle des langues n’a que rarement été explorée.
La frontière théorique entre bi- et monolinguisme tend toutefois à s’estomper, alors que des spécialistes du multilinguisme s’interrogent sur le traitement des dialectes et registres langagiers (Declerck et al., 2020 ; Declerck & Kirk, 2023 ; Kirk et al., 2018). Ces nouvelles approches tendent à replacer le bilinguisme dans une vision plus unifiée de l’accès lexical, en considérant les mécanismes de sélection et de contrôle théorisés dans le cadre multilingue comme des processus davantage transversaux, susceptibles d’également opérer à l’échelle intralinguistique.
Le présent projet s’inscrit dans la même perspective, et investigue la généralisabilité des mécanismes de contrôle des langues via l’étude de l’organisation et du contrôle des registres langagiers. Il s’agissait particulièrement d’identifier si leur sélection pourrait être assurée par des processus de contrôle top-down similaires à ceux mobilisés lors de la sélection de la langue de production.
Deux tâches d’alternance ont pour ce faire été mises en place : une tâche de dénomination alternée classique, et une variante plus écologique prenant la forme d’une tâche de discours guidé. Toutes deux reposaient sur du matériel innovant développé et testé pour les besoins spécifiques de l’étude. Les deux tâches ont été déclinées en versions unilingue (alternance des registres en L1) et bilingue (alternance L1/L2). Elles ont été complétées par une tâche de décision lexicale, un questionnaire, des tests cognitifs (Stroop, TMT, fluence) et de positionnement en L2. L’ensemble a été administré à 59 bilingues français-anglais aux profils variés (A1-C2 en L2). L’effet de l’alternance bi- et unilingue a été mesuré et comparé via l’étude 1) des RT et erreurs en Dénomination, 2) des disfluences et de la diversité lexicale en Discours. La mesure des RT en Décision Lexicale a quant à elle permis de comparer l’effet de l’amorçage par équivalents en registres distincts à celui de l’amorçage sémantique ou par équivalent de traduction. L’impact de cinq variables continues (compétence en L2, pratique de l’alternance codique, exposition L1/L2, compétences inhibitoires, flexibilité cognitive) a également été testé.
Les analyses, effectuées via des modèles linéaires multiples (simples et mixtes), révèlent que les unités appartenant à des registres de langue distincts partagent des connexions de force équivalente à celles entretenues par deux équivalents de traduction, tout en étant significativement différentes de celles partagées par les unités sémantiquement proches. Ce constat suggère que les registres pourraient avoir une réalité cognitive au-delà de la synonymie, et qu’elle pourrait s’apparenter à celle des langues. L’alternance des registres a de plus entraîné à la fois coût du switch et mixing cost en dénomination, et selon des patterns similaires à ceux traditionnellement constatés en alternance des langues. De plus, les performances en alternance des registres étaient améliorées par la pratique fréquente du code-switching et l’exposition régulière à une L2. Toutefois, les coûts observés dans les deux conditions n’étaient pas corrélés, et l’alternance a donné lieu à davantage de confusion entre registres qu’entre langues. Pris ensemble, ces résultats suggèrent que la sélection des langues et celle des registres langagiers puissent être sous-tendues par des mécanismes partiellement partagés.
Mots clés : Bilinguisme, Accès Lexical, Contrôle des langues, Code-switching, Variation diaphasique
Composition du jury :
M. Mathieu DECLERCK, Rapporteur, Vrije Universiteit Brussel
M. Xavier APARICIO, Rapporteur, Université Paris-Est Créteil (UPEC)
Mme Frédérique GAYRAUD, Examinatrice, Université Lyon 2
Mme Anna GHIMENTON, Examinatrice, Université Grenoble Alpes (UGA)
Mme Barbara KÖPKE, Directrice de thèse, Université Toulouse II Jean Jaurès