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Séminaire LNPL Yicheng LYU (LNPL, UT2J), Jeanne SOUCHE (LNPL, UT2J/CHU), Johann TOURNEBIZE (CLLE/LNPL, UT2J)

Publié le 16 mars 2026 Mis à jour le 16 mars 2026
le 17 avril 2026
14h
Maison de la recherche, salle D155

Trois doctorant.e.s affilié.e.s au LNPL, actuellement en première année de thèse, présentent leur recherche: 

 
  • Yicheng LYU "Le traitement des propositions subordonnées relatives chez les bilingues tardifs chinois – français : approche psycholinguistique"
 

Les recherches en psycholinguistique ont montré que les langues d’un bilingue sont représentées ensembles et peuvent s’interagir entre elles (Grosjean, 2010). Au niveau syntaxique, plusieurs études montrent que les informations syntaxiques d’une langue peuvent influencer les traitements d’une autre langue (Hartsuiker et al., 2004; Thierry & Sanoudaki, 2012), résultant parfois en l’attrition de la L1 (Schmid & Köpke, 2017). Cette thèse doctorale vise à étudier ce phénomène d'attrition de la L1 dans le contexte de l'acquisition d'une L2 typologiquement éloignée chez les bilingues tardifs mandarin-français, à travers le traitement de l’ordre de la proposition subordonnée relative (PSR) par rapport au nom qu’elle modifie. En français, la PSR est placée après son antécédent ; alors qu’en mandarin, la PSR est suivie d’un marqueur de complément du nom DE puis de l’objet modifié. Ce qui est innovant dans notre méthodologie est que, en plus d’une tâche de perceptionclassique, nous allons combiner le paradigme du monde visuel en oculométrie (visual world eye-tracking paradigm, Huettig et al., 2011) avec une tâche de production de la phrase. Les participants regarderont deux images sur l’écran ; ensuite, le début d’une proposition principale sera présenté, et les participants devront relier les deux images pour former une PSR en mandarin afin de compléter la phrase. L'ordre et la durée des fixations du regard seront enregistrés et analysés, afin d’étudier si le traitement de la RC en mandarin est influencé par l’ordre de mot en français.

Cette étude nous permettra d’approfondir la connaissance sur l’attrition de la L1 dans la production orale de la phrase, en élargissant sur les langues typologiquement éloignées et qui ont été moins étudiées dans les domaines de la psycholinguistique et du bilinguisme.

Yicheng LYU 
est doctorante à l'Ecole Doctorale CLESCO et mène ses recherches dans le laboratoire LNPL sous la direction de Barbara Köpke (PR en Sciences du Langage, UR4156, LNPL).
 

  • Jeanne SOUCHE "Étude des mécanismes d’adaptation après une amputation totale ou partielle de la langue"
 

Certains cas de cancers de la langue nécessitent un traitement chirurgical appelé glossectomie, consistant en une amputation totale ou partielle de la langue. A la suite de ces opérations, les patients présentent des séquelles durables, touchant principalement leur parole et leur déglutition. Or, il n’existe actuellement pas de consensus sur la cinétique d’évolution de leurs troubles, en partie en raison de la diversité des populations étudiées et de la grande variabilité des méthodes d’évaluation choisies par les équipes de recherche (Bhattacharya et al., 2021; Chen et al., 2019; Chien et al., 2006; Deng et al., 2022; Dzioba et al., 2017; Navach et al., 2013; Pyne et al., 2020; Russo et al., 2023). De plus, la plupart de ces études ne s’intéressent qu’à un seul domaine (parole ou déglutition), sans intégration commune de ces deux fonctions pourtant intimement liées sur le plan anatomique et fonctionnel. Enfin, concernant le parcours de soins rééducatifs proposé après la chirurgie, les stratégies employées s’appuient aujourd’hui principalement sur l’apprentissage de nouveaux schémas sensorimoteurs et sur les capacités de plasticité cérébrale des patients. Or, il ne peut actuellement pas être établi de lien clair entre la récupération fonctionnelle des patients et une évolution notable sur le plan neurofonctionnel, faute de données suffisantes (Acher, 2014; Haupage et al., 2010; Mosier et al., 2005; Peck et al., 2023). A partir de ces constats, l’objectif de cette thèse est de proposer un état des lieux de l’évolution des patients après une glossectomie totale ou partielle, aux niveaux fonctionnel et cérébral. Nous nous concentrerons sur l’identification de mécanismes d’adaptation neurofonctionnelle chez les patients et sur une description de leur cinétique, en lien avec une mesure de l’évolution fonctionnelle de leur parole et de leur déglutition. Ces données seront croisées avec des explorations réalisées au préalable chez le participant sain sur le même thème (Gallois, 2025). Cette présentation exposera les fondements théoriques du projet, ainsi que la méthodologie envisagée pour répondre à notre problématique.

Jeanne SOUCHE  est doctorante à l'Ecole Doctorale CLESCO et mène ses recherches au LNPL sous la direction de Virginie WOISARD (LNPL/UT2J et CHU) et Yohan Gallois (LNPL, UT2J/UT).
 

  • Johann TOURNEBIZE "Nommer pour mieux (se) haïr. Nomination, agentivité et narration dans les discours incels."
 

Au cours de la dernière décennie, près de 100 personnes ont été tuées par de jeunes hommes s’identifiant comme incels. Le terme incel, mot-valise de ''involuntary'' et ''celibate'', est issu de communautés en ligne dont les membres éprouvent des difficultés à avoir des relations romantiques et sexuelles. Ces communautés sont aujourd’hui majoritairement composées de jeunes hommes hétérosexuels, lesquels tiennent les femmes, et plus particulièrement les féministes, comme responsables de leur solitude. Cette thèse porte sur les discours d'un forum anglophone incel, qui héberge la plus grande communauté masculiniste incel. Sur le forum, les discours haineux, misogynes, racistes et homophobes sont omniprésents et peuvent servir de catalyseur à la radicalisation, voire au passage à l’acte, hors ligne. Ces discours se distinguent aussi par leur opacité et foisonnent de néologismes, dont des désignations hiérarchisées qui permettent de (se) nommer au sein de la communauté. À travers le prisme des désignations néologiques, cette recherche propose d’étudier les régularités narratives qui contribuent à la construction des identités discursives incels et alimentent les mécanismes de haine de soi et des autres. Il s’agira aussi de travailler sur le concept d’agentivité pour analyser les pratiques discursives des incels et les rapports de pouvoir intra-communautaires, afin de venir interroger la fabrique discursive des masculinités incels. Cette présentation exposera le contexte et les objectifs de ce projet, ancré dans le champ des recherches linguistiques sur le genre.


Johann TOURNEBIZE  est doctorant à l'Ecole Doctorale CLESCO et mène ses recherches dans les laboratoires CLLE et LNPL sous la direction de Thomas Verjans (CLEE, UT2J et CNRS) et Régis Missire (LNPL, UT2J)