Séminaire LNPL Paulo MAIRANO "Les effets de l'orthographe sur la longueur consonantique en anglais L2 et français L2 d'apprenants italophones."

Publié le 26 septembre 2022 Mis à jour le 10 octobre 2022
le 25 novembre 2022
14h
UT2J-Campus du Mirail, Maison de la recherche, E411
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Les effets de la phonologie d'une L1 sur la production et perception de la parole dans une L2 ont été étudiés depuis de nombreuses années. Ce n'est que récemment que les chercheurs se sont intéressés aux effets de l'orthographe sur la prononciation d'une L2, ainsi que sur sa perception. Dans une équipe de recherche menée par B. Bassetti, nous avons dévoilé que les locuteurs italiens ont tendance à prononcer des consonnes plus longues en correspondance de consonnes doubles dans l'orthographe, conduisant à la production de pseudo-paires minimales telles que "finish" vs "Finnish", différenciées par un [n] court dans le premier mot et long (pseudo-géminé) dans le second. Des résultats similaires ont été retrouvés sur la parole d'apprenants italophones de français L2 dans des données de parole de corpus. La production de consonnes pseudo-géminées en anglais L2 a été constatée non seulement avec des apprenants italophones en Italie, mais également avec des locuteurs bilingues tardifs vivant au Royaume-Uni, dans la parole élicitée avec ou sans forme écrite visible. En outre, cet effet orthographique a été comparé au Voice Onset Time des occlusives sourdes : les mesures acoustiques montrent que l'effet de la pseudo-gémination (induit par l'orthographe) est plus persistant que le VOT ( un indice phonétique dû à la L1 et indépendant de l'orthographe). De plus, les résultats d'une tâche de jugement de rimes suggèrent que la pseudo-gémination fait également partie de la conscience phonologique des locuteurs italophones d'une L2. Cela est confirmé par une tâche de reconnaissance cross-modale de mots masqués menée avec des apprenants italophones de français L2 : ces derniers reconnaissent plus rapidement des mots français écrits avec des consonnes doubles si ceux-ci sont prononcés avec une consonne longue en correspondance du digraphe géminé. Tous ces résultats indiquent que l'orthographe est donc responsable de l'établissement d'un trait phonologique (la gémination) inexistant dans la langue cible.



Paulo Mairano est Maître de Conférences en Phonétique et Linguistique Anglaises à l'Université de Lille, chercheur au laboratoire STL (Savoirs, Textes, Langage), UMR 8163 . Plus de détails ici.